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En ouvrant la question de la pleine appartenance de la France à l'Alliance atlantique, Nicolas Sarkozy n'a choisi ni la popularité ni la facilité. La majorité des Français sont, en effet, persuadés qu'on est d'autant plus grand qu'on s'oppose à plus grand que soi. Narguer l'Amérique rend donc populaire. C'est la raison pour laquelle les socialistes qui sont les héritiers de Léon Blum, de Vincent Auriol, de Paul Ramadier et de Guy Mollet, c'est-à-dire d'intransigeants défenseurs de l'Otan, sont tentés aujourd'hui de critiquer le président de la République lorsqu'il « ouvre la porte pour la France, comme il l'a dit, à une rénovation forte de ses relations avec l'Otan ».
Une des difficultés tient au fait que pour rentrer il faut être sorti. Or le général de Gaulle en 1966 a retiré la France du commandement intégré de l'Organisation et a fait fermer les bases américaines en France. Mais il n'a quitté ni l'Alliance atlantique ni le conseil de l'Organisation. Il croyait, à tort, que l'Union soviétique se transformait et que l'Europe, conduite par la France, pourrait négocier le repli russe à l'Est et le repli américain à l'Ouest. L'intervention soviétique à Prague, en 1968, a ruiné cette illusion. Les successeurs du général de Gaulle ont conservé sa posture, mais renoncé à sa politique. Georges Pompidou, à Ottawa, a conclu l'accord qui réconcilie l'armement nucléaire de la France avec celui de l'Otan. Valéry Giscard d'Estaing a favorisé l'installation de missiles américains en Allemagne (sans le dire ouvertement) et Francois Mitterrand a ouvertement proclamé que ces missiles étaient nécessaires pour contrebalancer les missiles soviétiques. En dernière analyse, la politique atlantique, en protégeant l'Europe, a triomphé de l'URSS, qui n'avait pu tenir ni la compétition économique ni la compétition technique et militaire ni la confrontation en matière de droits de l'homme et de libertés. Ensuite, Jacques Chirac a accepté que les forces aériennes françaises, sous commandement de l'Otan, bombardent une ville européenne, Belgrade, capitale de la Serbie, la plus ancienne alliée de la France dans les Balkans. L'Otan est aussi présente, toujours avec des troupes françaises récemment augmentées, en Afghanistan, hors de la zone que couvrait le traité initial.
Mais nous sommes dans l'Otan à notre manière : nous ne participons pas à deux comités, celui des plans et celui du nucléaire, ni au commandement intégré. Ce qui n'a guère d'importance, mais qui permet d'afficher notre singularité. Indépendamment de l'Otan, cette position singulière a été renforcée par le refus spectaculaire de Jacques Chirac de combattre aux cotés des Américains en Irak. François Mitterrand avait participé à la première guerre du Golfe. Son successeur a mesuré l'imprudence de la seconde, et par l'éclat de son opposition il a sauvé sa popularité en France et dans la partie de l'univers qui n'aime pas les Américains.
Voila donc la situation :
1 • nous jouons un grand rôle dans les combats que mène l'Otan,
2 • nous souhaitons que l'Europe jouisse d'une défense plus grande et plus autonome au sein de l'Otan,
3 • nous conservons une posture particulière dans l'Organisation, nous ne semblons pas y appartenir entièrement, cette singularité rehausse notre prestige à nos propres yeux mais inquiète nos partenaires,
4 • Nicolas Sarkozy se demande si tout cela est cohérent.
Il prend donc le risque d'affronter l'opinion. Après tout, les institutions de la Ve République ont pour but de mettre la grande politique à l'abri des sondages pour affronter de larges desseins. Quels seraient-ils en l'occurrence ? D'abord, si l'on veut une défense européenne il faudra la faire avec les autres Européens, c'est-à-dire les Allemands, les Espagnols, les Italiens et les Polonais. Je cite les plus nombreux. Or ces Européens n'accepteront pas de défense européenne qui nous séparerait des Américains. Cela est encore plus vrai pour les Anglais. Pour nous unir d'avantage à eux, il faut donc renoncer à une attitude qui renforce leur méfiance. Quand l'Europe unie sera dotée d'une puissance militaire forte, elle pourra parler d'égal à égal avec la Russie ou la Chine et avec l'Amérique, son alliée, pas avant. La deuxième raison tient à notre poids au sein de l'Otan. Si nous voulons être influents et jouer un plus grand rôle, à l'égard de l'Ukraine, de la Turquie ou du Proche-Orient, il faut être un partenaire insoupçonnable de poursuivre des fins égoïstes.
Reconnaissons qu'il est difficile de céder une posture commode pour réussir une politique, qui sera incertaine comme toute politique. Nous verrons si Nicolas Sarkozy en est capable.
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