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Dans la Lettre aux dirigeants soviétiques, que le grand Alexandre Soljenitsyne écrivit en 1974, on trouve la formule suivante : « La violence recherche obligatoirement l'alliance du mensonge, car elle ne peut s'abriter derrière rien d'autre ». Rien n'illustre mieux l'affaire géorgienne.
La violence est indubitable. Moscou envahit un état indépendant reconnu par l'ONU. Elle étale sa force. Au moment où j'écris ces lignes, elle annonce qu'elle retire ses tanks, et elle n'en fait rien. Elle le fera, mais, d'ici là, elle les aura promenés dans un ballet menaçant. Ces soldats menacent les Géorgiens, mais surtout narguent le monde entier, et plus particulièrement les Européens et les Américains.
La Géorgie, petit royaume chrétien des montagnes du Caucase, a accepté, au XVIIIe siècle, la domination russe pour se préserver des Turcs. En 1918, elle devient indépendante, mais la Russie communiste l'envahit, à nouveau, en 1921 et l'intègre à une Fédération transcaucasienne, puis la transforme, en 1936, en république autonome, elle-même constitutive de l'URSS. A ces quatre lettres correspondent, on le sait, quatre mensonges. Ce n'était pas une Union, Moscou imposait le mariage par la force. Ni une République, c'était une dictature, celle du secrétaire général. Elle n'était pas Socialiste, le Parti était tout et le peuple rien. Quant aux Soviets, ils avaient perdu toute autonomie après la révolution. Mais ces mensonges étaient à la proportion de la force gigantesque que cette puissance a déployée.
Poutine a dit que la disparition de l'URSS était un drame historique. Sans doute ne regrettait-il ni la dictature, ni l'échec économique, ni l'idéologie (il s'affiche comme un chrétien orthodoxe). Il regrettait l'empire : les pays Baltes, l'Ukraine, les pays du Caucase, etc. D'où la froide détermination avec laquelle Moscou traite les derniers Tchétchènes. D'où la hargne à l'égard de l'Ukraine et des Baltes. D'où l'affaire géorgienne.
Entre la Géorgie soviétique et l'URSS il y eut comme un échange. Le peuple géorgien a donné aux Russes deux dirigeants, célèbres amoureux du droit et de la vérité : Staline et Beria. Moscou a donné à la République des frontières dont la Géorgie actuelle a hérité et qui incluent une part du territoire et du peuple des Ossètes (descendants lointains des Scythes) et l'Abkhazie, environ 500 000 habitants de peuples divers, chrétiens et musulmans. La Géorgie aura donc connu en un siècle : la russification, la soviétisation, la déstalinisation, la désovietisation, l'indépendance, les conflits ethniques. De quoi affermir un pays de cinq millions d'habitants, avec deux minorités, les Ossètes et les Abkhazes, qui parlent leur langue et dont on ne sait pas s'ils appellent les Russes à leur secours ou sont incités par eux à se révolter. En un mot : un pays instable avec des frontières contestées et des minorités. Ce n'est pas le seul.
Ce qui pose problème et qui viole la charte des Nations-Unies, c'est que les Russes aillent faire la police dans ce pays. Si cela était admis, il n'y aurait plus en Europe d'ordre international fondé sur le droit. Si Moscou veut aider les Ossètes, qu'elle s'adresse à l'ONU. Si les frontières doivent être modifiées, que ce soit par une décision internationale. Cela est possible. On l'a fait pour les Albanais du Kosovo, séparés de la Serbie. On le fera, un jour, pour les Kurdes, peuple encore sans nation ni État. Mais il faut des référendums loyaux, des contrôles internationaux, des négociations et des procédures pacifiques et juridiques, sous l'égide de l'ONU et du conseil de l'Europe (dont la Russie et la Géorgie font partie).
Dans cette affaire les Russes veulent effrayer la Géorgie et lui imposer la docilité. Ils veulent intimider l'Ukraine (ils invoqueront, le moment venu, les Russes de Crimée) et sans doute aussi les Baltes. Plus loin, ils veulent diviser les Européens et les séparer des Américains qu'ils jalousent.
Personne ne songe à leur faire la guerre. Il s'agit, cependant, de les forcer sans user de la force. De les forcer à la raison. Nous aussi nous avons perdu des Empires. Avant tout il ne faut ni tomber dans leur piège ni accepter leurs discours et leurs rodomontades. On doit les réveiller en leur disant qu'ils échoueront. Leur économie est faible. Leur démographie catastrophique. Ils dépendent de leurs exportations de gaz, plus que nous de ces importations. Sans elles, ils ne peuvent obtenir les biens nécessaires à leur équipement. Leurs paysans et leurs ouvriers sont pauvres et improductifs. Ils veulent organiser les jeux olympiques, entrer à l'OMC, être respectés dans le monde et par le G7. Pour ces raisons, ils ont besoin des Occidentaux et le meilleur service que ceux-ci puissent leur rendre est de rester, vis-à-vis d'eux, fermes et unis.
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