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L'ordonnance rendue par le tribunal administratif de Bastia qui autorise Jacques Séguéla à poursuivre la construction de sa villa de 568 m2 sur deux hectares, dans une zone sauvage et quasiment déserte de la côte bonifacienne consacre avant tout - et c'est bien ce qui est lamentable - la victoire du mépris.
Et pour avoir pris la lourde responsabilité de lancer dans la nature et dans l'opinion un tel sentiment, il faut espérer que le juge unique qui a choisi de le faire, en l'occurrence la présidente Lucienne Erstein, n'avait pas le moindre espace juridique pour prendre une décision contraire Or, en matière de « Loi littoral », la réglementation est si lâche qu'elle permet une grande latitude dans l'interprétation des textes. En ne voulant rien entendre, et surtout pas les arguments de l'association écologiste ABCDE qu'elle exempte - c'est pitoyable - des dépens, Mme Erstein a sacrifié la pédagogie du droit à sa stricte application. Au nom d'un concept aussi commode que bancal, celui des « poches de constructibilité » qui revient à admettre que dès lors qu'on est entré en situation de dérive, la meilleure façon de la dissimuler, c'est en somme de la reproduire à l'infini.
Ce qui est encore plus étonnant, c'est que le nouveau maire, Jean-Charles Orsucci, qui devait en remontrer sur la question du favoritisme en bâti, a en quelque sorte validé la procédure en déclarant, sur les ondes de RCFM, pour justifier son peu de combativité, que sur Cala Longa, lieu de toutes les convoitises, « le coup était parti » et qu'on ne pouvait plus rien faire. D'autant que Jacques Séguéla risquait fort, en cas d'annulation, de mettre la ville de Bonifacio à genoux en demandant des dédommagements puisque l'ancienne municipalité avait rendu le site constructible. C'est ainsi que l'exception fautive devient la norme légale. Non sans dommage pour le sentiment républicain.
C'est avec ce type de raisonnements, pour le moins spécieux, que s'établit une adéquation certaine entre résidence secondaire et passe-droits. Ce que renforce encore l'attitude de Nicolas Sarkozy dans une vidéo qui circule sur le net où l'on voit l'ancien ministre de l'Intérieur et aujourd'hui président de la République, en visite à Porto Vecchio, plaider lourdement auprès du préfet de région de l'époque, Pierre-René Lemas, afin que son ami, l'acteur Jean Reno, obtienne un permis de construire pour le moins litigieux et qui d'ailleurs ne lui fut pas accordé.
Mais, au-delà même des considérations juridiques la demande et l'insistance de Jacques Séguéla ont quelque chose d'indécent. Voilà quelqu'un qui, à Paris, doit sa réussite professionnelle à son entregent et aux liens qu'il a su tisser et qui, en Corse, sur son lieu de vacances, n'a de cesse que de s'éloigner du monde, de garder la population locale à distance, bien à l'abri dans sa propriété derrière de hauts murs, afin de ne pas être importuné. Il y a là comme un manque de savoir-vivre.
Mais il y a pire encore : outre ces Corses qui font commerce de leurs terres comme d'autres le font de leur corps, dans un négoce qui s'apparente à de la prostitution foncière, on peut s'interroger sur l'intérêt économique général de ces transactions. Il y a bien deux ou trois artisans du coin qui tirent leur épingle du jeu, mais à long terme, que va ut le secteur d'activité constitué par cette présence intermittente ? Apparemment rien. Au point que des pays, comme la Suisse, qui s'y sont engagés depuis des décennies, en reviennent. Et refusent de continuer à favoriser les investissements dans ce qu'ils appellent « les lits froids ».
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