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Ce serait bien dommage que la gauche corse se désespère, qu'elle pense que tout est joué, qu'elle a perdu la partie, ce n'est pas si évident, même si cette nouvelle vague de sondages (voir page 22 et suivantes) n'en apporte pas encore la preuve, rien n'est perdu pour elle. Il faut simplement qu'elle se concentre de nouveau, qu'elle fasse encore un petit effort et ça va le faire ; elle va bien y arriver à faire gagner la droite.
D'autant que, dans cette tâche exaltante - laisser gagner ceux qu'on prétend combattre -, elle n'est plus seule comme en 2004. Elle peut désormais compter sur les nationalistes qui ont tout fait de leur côté pour s'inventer des divisions ; et en fin de compte montrer au peuple corse qu'il vaut mieux faire confiance aux sortants.
Car ceux qui aspirent à les remplacer ne sauront pas comment s'y prendre. Ils ne cessent d'ailleurs d'en fournir la démonstration : d'une part, ils ne sont pas d'accord entre eux et, d'autre part, ils ne savent pas sur quoi ils ne sont pas d'accord. Comme de surcroît, une partie des nationalistes a l'intention de gouverner avec la gauche qui, elle, ne veut surtout pas s'y coller, on imagine le pataquès.
Les sondés commencent à comprendre le message. Au début, misant sur les bienfaits de l'alternance et voulant récompenser la gauche de la leur offrir, ils se sont jetés dans ses bras. Mais ils viennent seulement de réaliser que s'ils veulent vraiment lui faire plaisir, il ne faut pas qu'ils votent pour elle. Déjà, en 2004, elle avait été fort embêtée d'être majoritaire en voix, mais elle s'est si bien débrouillée qu'elle ne l'était pas en sièges — pas si bête ! Et donc la droite, désavouée dans les urnes, a pu s'installer aux commandes.
En septembre dernier, lors de notre première vague de sondages, les Corses commettaient la même erreur en accordant largement leur confiance à la gauche dans son ensemble (41 %) et ils rajoutaient 17 % aux autonomistes. Du cousu main : une majorité comme jamais (58 %). Pour une île qu'on dit conservatrice et jacobine, c'est quand même pas mal. Mais ce n'est pas ce qu'on lui demandait. Elle vient donc de rectifier le tir, même si elle traîne un peu des pieds.
Dans notre troisième vague de sondages, elle place encore la gauche en tête - on ne renonce pas si facilement à ses illusions -, mais elle ne lui donne plus que 8 points d'avance sur la droite. Et, soucieux de respecter le désir à demi avoué des autonomistes de réaliser le moins bon score possible une fois unis, les sondés ont inventé une arithmétique d'un type nouveau au terme laquelle 11 (le score d'Angelini en septembre) + 6 (celui de Simeoni à la même date) = 12 (leur résultat de janvier). Ce qu'ils ne feraient pas pour leur faire plaisir !
Certes ce n'est pas gagné pour autant, car la droite pourrait bien perdre la territoriale, même si elle commence à conforter sa position sur un solide 30 % au premier tour. Mais ce qui est vraiment inquiétant pour la gauche, c'est que l'île, à qui personne n'en demandait tant, commence à éprouver un sérieux penchant pour elle. Les sondés sont encore 41 % à souhaiter sa victoire contre 39 % pour la droite ; et ils sont 32 % à se reconnaître dans cette mouvance ce qui est supérieur à la moyenne nationale (28 %).
De plus, les Corses concèdent dans notre dernier sondage qu'ils en ont soupé (60 %) de Sarkozy, l'homme en dit plus pour en faire moins quand il s'agit de l'île. Et c'est bien du président de la République que vient le plus grand danger pour la gauche insulaire. Il serait bien capable de faire perdre son camp. En tout cas, ces derniers mois, il a tout fait pour.
Tu parles d'une tuile !
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