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N°109 - Octobre 2008
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Par François Léotard

 
 

« Embrassons-nous Folleville »

 
 

- La dénégation, c'est l'arme de tous les pouvoirs. Il n'y a pas d'homosexuels en Iran, affirmait récemment le président iranien. Il n'y a pas de récession en France, nous disent la main sur le coeur, nos dirigeants. Il n'y a pas de rigueur à l'horizon, nous affirme le ministère des finances. Il n'y a aucune brouille avec l'Allemagne, nous rappellent régulièrement nos diplomates. Et puis cette grande nouvelle : il n'y a pas de guerre en Afghanistan, dit-on à l'Élysée.
Il semblerait qu'il suffise de dire que quelque chose n'existe pas pour que ce « quelque chose » disparaisse de la réalité. Pour éviter que le mot « guerre » (qui n'est pas très sympathique) plane sur nos soldats et sur leur famille, on multiplie les arguments les plus étonnants. Le dernier en date serait cocasse s'il ne s'agissait pas d'une tragédie : « Vous voyez bien que ce n'est pas une guerre puisqu'on agit dans le cadre d'une coalition et dans le cadre de l'O.N.U. » C'est sans doute une mauvaise blague si l'on veut bien se souvenir de la Corée (coalition + O.N.U + guerre).
Naturellement, il s'agit bien d'une guerre. Le courage, la lucidité, la franchise, la démocratie gagneraient à ce qu'on l'admette. Je crois que si on veut la poursuivre, il faudra changer profondément les conditions qui nous soumettent à l'armée américaine. En avons-nous les moyens ?
Il y avait le développement durable. Il y a la laïcité positive. Quels mots pour demain ? La République disponible ? Ce qu'il faut craindre, ce ne sont pas les proclamations de nos dirigeants. C'est l'épuisement des citoyens, c'est l'affaissement des mots sur eux-mêmes.

La confusion. J'ai pour Bernard Tapie une affection modérée. Mais enfin, c'est un citoyen français qui mérite autant qu'un autre l'application du droit de la République. Or ce citoyen ordinaire se trouve au carrefour d'une double anomalie : la première tient au choix qui a été fait - visiblement en haut lieu - d'écarter de son contentieux avec le Crédit Lyonnais toute procédure judiciaire de droit commun. À quoi sert une justice si, pour des raisons obscures, on l'empêche de juger selon la règle et selon le mandat qui ont été confiés par la loi à ses magistrats ? Cette interrogation - s'il n'y est pas répondu clairement - pèsera naturellement sur la confiance dont l'institution judiciaire, plus que toute autre, a besoin. Mais la seconde anomalie tient à l'attitude de certains parlementaires qui ont visiblement confondu leurs pouvoirs avec ceux d'un tribunal.
On doit se réjouir de voir le parlement tenir sa place dans le contrôle de l'exécutif. On ne peut que s'attrister d'un comportement qui ignore le principe fondamental de la séparation des pouvoirs. La France reste, dans ce domaine, le pays de la plus grande confusion.

La prévision. La prochaine guerre ce sera la Crimée. Vieille mémoire européenne. La Crimée est pour Poutine et Medvedev ce qu'étaient les Sudètes pour les Allemands. Ces derniers y créèrent en 1933 le « parti allemand des Sudètes ». Ce parti gagna les élections de 1935 et 1938. L'autonomie que la Tchécoslovaquie rejeta, fut « naturellement » soutenue par Hitler. On sait ce qu'il en advint : nous allons nous souvenir, soixante-dix ans plus tard, de ce que furent les accords de Munich.
La Crimée, presqu'île ukrainienne de près de deux millions d'habitants, majoritairement russophile et russophone, va reproduire sous nos yeux ce processus avec l'aide de Moscou. Nous avons, voici quelques semaines, accepté le rattachement de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud à la Russie. Pour quelles raisons nous opposerons-nous à l'absorption de la Crimée ? Cette guerre-là, que personne en Occident ne souhaite, est d'ores et déjà inscrite dans les livres à venir d'histoire et de géographie. On ne peut douter qu'elle sera soutenue par l'énergie inlassable de la diplomatie russe et du peuple russe lui-même.
Juste un rappel : la guerre de Crimée (1854-1855) a donné à Paris quelques noms célèbres : Sébastopol, Malakoff, le pont de l'Alma, etc. Elle fut, comme toutes les guerres, d'une grande cruauté. Je ne suis pas certain que l'Europe dans sa diplomatie irénique, dans sa tendresse pour tous les compromis, soit préparée à regarder cela en face. La prochaine rencontre avec Medvedev, ce sera « Embrassons-nous Folleville » !

La religion. Simple remarque : dans un pays qui compte la première communauté musulmane et en même temps la première communauté juive d'Europe, dans ce pays qui se réjouit - et c'est juste - de ses racines chrétiennes, est-il opportun de remettre en cause - par de petites lacérations - le principe de laïcité ?
Tout individu a le droit de bâtir sa propre espérance. Il peut la placer dans la nation, dans la foi, dans la musique ou la lecture, dans tout ce qui peut le mettre au-dessus de lui-même. Mais de grâce, que l'État se tienne à l'écart de tout cela...

 
 

François Léotard

 
 
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