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Il existe une sorte de concours entre la Corée du Nord, la Russie, la Chine, le Venezuela, le Zimbabwe, le Soudan, la Libye (et on pourrait rajouter quelques noms exotiques...) pour apporter un soutien sans équivoque - voire fraternel - aux dirigeants iraniens, voleurs de voix.
M. Ahmanidejad réputé pour pendre ici ou là quelques jeunes gens, pour embastiller ses opposants, pour condamner à mort les homosexuels, pour lapider avec conviction les femmes fuyant la loi du mâle dominant et pour toutes sortes d'autres méfaits, M. Ahmanidejad a trouvé dans le monde des dictateurs un écho ému et compatissant. Dans la grande internationale des despotes, il y a comme ça des discussions au coin du feu.
Comment ? Il a muselé la presse ? Mais nous faisons tous cela ! Il a trafiqué les élections ? Et alors, c'est un jeu d'enfant ! Sa police personnelle a des rapports étroits avec le grand banditisme ? La belle affaire ! Il menace tous les quinze jours un pays voisin, reconnu par l'O.N.U ? On ne va pas s'émouvoir pour si peu ! Il brave toutes les résolutions internationales ? Nous aussi !
Que la dictature soit celle d'un homme, d'un parti, d'une religion, d'un fantasme, d'un délire, elle a toujours le même visage. Ce visage est celui du petit peintre autrichien des années trente, du moustachu soviétique, du barbu de Cuba, de tous les Pol Pot du monde. À leur actif : des massacres, des tortures, l'humiliation d'un peuple et le caprice d'un seul. Ils s'appellent Führer, Guide Suprême, Petit Père des peuples, Duce, Président à vie... On les connaît bien. Et ils nous connaissent. Ils savent que l'exaltation de la nation, le droit taillé sur mesure, l'utopie mensongère, la passion militaire et policier en, ça peut marcher. Ils arrivent au nom du peuple et ils finissent dans les décombres d'un peuple écrasé. Alors pourquoi ça recommence toujours ? Pourquoi « la der des der » n'est jamais que la préfiguration de celle qui va suivre ?
Parce que le pouvoir rend fous ceux qui le chérissent. Parce que la domination de l'homme sur l'homme est l'une des plus vieilles histoires du monde. Parce que la docilité est plus courante que la résistance. Et la flagornerie, la servilité plus gratifiante, chez les âmes faibles, que la liberté.
Nous sommes un peuple dont le nom a pour origine le principe de liberté. Le Franc, c'est l'homme libre. Et la nation française s'est construite contre les empires : la maison d'Autriche, l'empire allemand, Charles Quint, voire la papauté. Nous savons de quelles souffrances nous avons payé notre défaite de 1940. Et, depuis Azincourt, nous nous souvenons que nous sommes vulnérables.
Nos « Pères » politiques ne sont pas des hommes politiques. Ils s'appellent Montesquieu, Sieyès, Tocqueville, Benjamin Constant, Raymond Aron, Ledru-Rollin, tant d'autres, dans le désordre de nos espérances... Si certains se sont engagés dans des batailles électorales, c'était pour défendre une certaine idée du droit. Leur véritable passion se traduisait par une seule phrase : comment protéger au mieux la liberté de chaque individu ?
M. Ahmanidejad doit penser, en se levant le matin, à la phrase de Brecht : « Le gouvernement a perdu la confiance du peuple. Il faut dissoudre le peuple. » Je rapporte cela d'une mémoire incertaine. Mais comment ne pas se souvenir que Hitler a attribué à la « lâcheté » du peuple allemand sa propre défaite ? Que Staline a été le bourreau le plus sanglant du peuple russe ? Que les dirigeants Khmers Rouges ont anéanti leurs propres compatriotes ? Et qu'à chacune de ces tragédies, on a retrouvé le même langage : créer un homme nouveau, régénérer la nation, forger par la violence une société idéale. Du passé faisons table rase, ont-ils chanté...
Au moment où ces lignes sont écrites, nul ne peut prévoir l'issue de la nouvelle révolution iranienne. Ce que nous savons, par contre, c'est qu'à la grande coalition des dictatures, à la complicité nauséabonde des despotes, nous devons opposer la petite, la modeste, la fragile fraternité des hommes libres.
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