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L'article 40 de la loi du 20 novembre 2007 précise le cadre de la régularisation au cas par cas, des ressortissants des pays tiers qui, du fait de « compétences professionnelles très recherchées, sont susceptibles de s'intégrer pleinement, par leur travail, à la société française ». Un dispositif qui, précise une circulaire du ministère de l'Immigration adressée aux préfets, « couvre par définition un nombre très limité de bénéficiaires, la finalité n'étant pas d'engager une opération générale de régularisations ». Au moins c'est clair !
Ça l'est encore plus en examinant la liste des huit métiers ouverts en Corse aux étrangers qui complètent cette circulaire. Sauf à être responsable d'exploitation en assurance ou encore technicien de production des industries de process, les étrangers n'auraient pas leur place dans l'île et sont donc conviés à passer leur chemin. Outre que les offres régionales d'emploi ne reflètent pas vraiment les besoins identifiés par le gouvernement dans le cadre de sa politique d'immigration choisie, il y a un hic : les étrangers sans papiers qu'on se fait fort de refouler au prétexte qu'ils n'ont pas le profil professionnel requis sont de fait bel et bien intégrés, et souvent de longue date, à l'économie locale. Comme l'était ce jeune boulanger, en Balagne, expulsé malgré la mobilisation de ses concitoyens. Comme ce peintre en résine qu'un patron de Corse-du-Sud est tout prêt à recruter - ses compétences répondant à un réel besoin de l'entreprise -, mais dont la demande de régularisation reste en souffrance. Comme ce garçon de 17 ans sur lequel pèse désormais la perspective d'être expulsé dès ses 18 ans, avant d'avoir pu passer son diplôme.
« On n'avait encore jamais vu ça » témoigne Gérard Gagliardi, enseignant, représentant de la FSU et membre du Réseau éducation sans frontières qui évoque le cas de quatre élèves, en Corse-du-Sud et en Haute-Corse, désormais dans le collimateur des pouvoirs publics après avoir fait des démarches administratives pour les besoins de leur dossier scolaire. « Alors que les établissements scolaires sont des sanctuaires, on réalise que le simple fait de demander une pièce d'identité, dans le cadre d'un examen par exemple, peut contribuer à faire repérer un gamin. Sur lequel on est susceptible de mettre la pression, au motif qu'il faut des résultats pour réduire le nombre des sans-papiers ».
Des sans-papiers qui ne sont pas sans existence légale, comme le souligne André Pacou, responsable local de la Ligue des droits de l'Homme (LDH). « L'immigration choisie sert en fait de prétexte pour donner la chasse à des gens qui vivent ici, parmi nous, depuis de nombreuses années et qui contribuent au fonctionnement de notre économie, paient un loyer, des factures, des taxes, à l'opposé des fantasmes sur des étrangers venant furtivement nous envahir ». Dans le même temps, la LDH comme les avocats observent une montée en puissance des « contrôles au faciès inopinés », d'opérations-traquenards à la sortie des lieux de travail ou des commerces - ça fait ses courses comme tout le monde, un sans-papiers - d'interpellations « dans des conditions inquiétantes » ou d'expulsions visant à « faire du chiffre », remplir les quotas d'expulsions pour lesquels la Corse faisait un peu trop pâle figure. Cela donne parfois des résultats étonnants, tel le cas cité par la LDH de ces cinq ouvriers roumains, pourtant en situation régulière, mais reconduits chez eux, au frais du contribuable, avec l'assurance qu'ils pouvaient, cela dit, revenir travailler dans l'île... puisqu'ils étaient en règle. Ils n'en ont pas moins abondé les quotas.
Cette circulaire du ministère de l'Immigration - émaillée de coquilles qui font sourire sachant qu'on exige désormais des candidats à l'immigration une parfaite maîtrise du français - et sa liste de métiers, la LDH comme les syndicats les jugent « irréalistes ». Symptomatiques d'une volonté de « rendre toujours plus impossibles les conditions de régularisation » de personnes qui, dans les faits, travaillent et répondent bel et bien aux besoins d'une économie locale. Ils l'ont fait savoir dans un courrier* adressé aux préfets et aux élus de l'île, demandant la fin de la « chasse aux étrangers » et la régularisation des immigrés qui travaillent en Corse et y vivent « comme des citoyens ordinaires ». Et non comme l'étranger venu semer le trouble à Ajaccio City ou Bastia Town...
*signataires : association Euroméditerranéa, CFDT Corsica, CGT 2A et 2B, FO Corse-du-Sud, FSU 2A, Ordre des avocats d'Ajaccio, LDH, SNEP/FSU, SNES Corse, Sud France 3 Corse, STC, Union des Marocains de Corse-du-sud, Union régionale des foyers ruraux, UNSA Corse.
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