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Si quelqu'un reste fidèle à ma parole, il ne verra jamais la mort. » Dans un Liban où la guerre vous fait côtoyer étroitement la mort, quel sens un jeune homme à peine sorti de l'adolescence peut-il trouver à cette parole du Christ ? Elie Hachache, malgré l'éducation chrétienne transmise par ses parents, en était à se le demander. « J'étais intrigué de savoir qui étaient ces gens qui ne mouraient jamais. Ça a été le déclenchement de ma recherche. »
La rencontre avec un ermite lui fera « comprendre que Dieu existe et que suivre le Christ, c'est vivre éternellement ». Une prise conscience qui l'amènera peu à peu « à se mettre au service de cette vie que Jésus annonce et proclame ». Alors qu'il se destinait à des études de médecine, il préfère écouter « l'appel pressant » de la vocation. Une vocation qui surprend quelque peu les siens, notamment ses frères qui craignent un temps qu'il ne s'agisse davantage d'un refuge. « Ma mère, elle, approuvait sans pour autant me pousser. Quant à mon père, il a surtout tenu à s'assurer que j'étais bien conscient qu'une vocation n'est pas une promotion. On ne fait pas prêtre, on est prêtre, au service de Dieu et de tout le monde. »
Il est ordonné le 11 août 1996, à Notre-Dame d'Elige, dans son village natal. Incardiné au diocèse de Jbeil, il est d'abord envoyé à Angers où il passera deux ans, avant d'être mis à la disposition du diocèse d'Ajaccio. « On avait besoin d'un prêtre dans le Haut-Taravo, j'ai débarqué. » Il est très vite adopté par la communauté des fidèles avec lesquels il s'emploie « à vivre son ministère comme un frère, partageant leurs joies et leurs peines, et leur annonçant Jésus-Christ. On a fait beaucoup de choses ensemble. Avec les catéchistes, on a redynamisé l'enseignement des enfants, fait des soirées évangéliques pour partager l'Évangile entre voisins, organisé des chaînes de prières pendant le Carême, qui ont continué après mon départ ».
On lui confie en effet la charge d'aumônier de l'école Saint-Paul, à Ajaccio. Avec lui, le catéchisme va reprendre des couleurs, un grand coup de jeunesse. « Les enfants vivent beaucoup dans l'imaginaire, mais ils ont en même temps besoin de concret. Pour s'adresser à eux, il ne faut pas tuer leurs rêves, mais dire les choses avec simplicité. J'essaie toujours de m'appuyer sur des éléments de leur monde à eux. » En fonction de l'époque, des modes, les personnages de Disney, les Pokémons, Dora l'exploratrice ou le dernier jeu Nintendo seront autant de vecteurs pour s'adresser aux plus jeunes. Et pourquoi pas ? « Jésus a beaucoup utilisé la parabole, et par ailleurs la tradition chrétienne orientale dont je suis issu repose beaucoup sur l'image ».
On lui confie également par la suite la pastorale des jeunes à l'église Saint-Roch, et il est nommé prêtre-référent de l'unité pastorale expérimentale (UPE) de la plaine de Bastelicaccia-Cuttoli-Peri. Il est vrai que ce jeune prêtre semble avoir une foi communicative qui dépasse le seul cercle des plus jeunes et obtient aussi l'adhésion des adultes. Question peut-être d'approche, de façon d'être, de manière d'instaurer une proximité. Pour tous, il est père Elie ou même Elie. « Je me suis toujours présenté par mon prénom, reçu de mes parents. Lorsqu'on m'a ordonné, on ne m'a pas dit Monsieur Hachache, vous êtes prêtre, mais Elie, tu es prêtre. Et Dieu nous appelle par notre prénom. Me présenter autrement reviendrait pour moi à mettre une barrière entre les gens et moi ».
Tout bascule en pleine période pascale. En un communiqué de l'évêché qui confirme que le père Hachache est relevé de ses fonctions d'aumônier de Saint-Paul. Le communiqué est suffisamment elliptique pour donner lieu à toutes sortes de questions sur les raisons d'une telle mise à pied.
La faute de l'abbé Hachache ? Il s'est manifestement trouvé pris dans un conflit interne à l'école et nécessitant l'arbitrage de l'évêché. Mais encore ? L'évêque n'a pas souhaité, « déontologiquement », en dire davantage. Mais il semble également qu'on ait fini par juger, à cette occasion, que le père Elie faisait montre d'une trop forte présence, une trop grande popularité, et que si certes il remplissait des églises, il en vidait d'autres et concentrait par trop l'attention des fidèles. Gourou ? Le mot sera employé par quelques-uns qui, à l'encontre des centaines de personnes qui se sont insurgées contre sa suspension, jugent qu'elle est au contraire justifiée. Et pour qui les manifestations, les pétitions, les communiqués de soutien sont précisément la preuve d'un culte de la personnalité qui ne peut que s'exercer au détriment du culte tout court. « Dieu nous donne à tous des charismes. Ce que font certains prêtres au service des malades ou des personnes âgées, je serais incapable de l'accomplir aussi bien qu'eux. Mais je me réjouis que le prêtre réussisse dans la mission dont il n'est pas propriétaire. Tout comme je suis heureux lorsque ce que je fais attire les gens. Non vers moi, mais vers l'Église », clame-t-il.
Son charisme, pourtant, il devra l'exercer désormais ailleurs, loin de cette île où il a passé dix ans. « Après ces événements, je ne peux plus rester ici ». Il s'en va et avec lui, peut-être, les dimanches de catéchouette réunissant parents, enfants, enseignants, catéchistes ; la crèche de Pâques pour mieux expliquer la Résurrection aux petits ; une façon de vivre dans l'Église et dans son temps, que ce soit à l'église ou devant un café. C'est en tout cas une crainte exprimée par beaucoup. A moins que ne se vérifie cette parole de l'Ecclésiaste selon laquelle « Ce qui est a déjà été et ce qui doit être a déjà été, et Dieu ramène ce qui est passé ». Celle où il est question de la « vanité des vanités »...
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