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L'affaire pourrait prêter à rire si elle n'était pas si aberrante. À Canari, Cagnano, Ersa, Pietracorbara, Pino et quelques autres endroits du Cap Corse régulièrement ravagés par les flammes, de gros réservoirs en métal viennent de sortir de terre. Le but, conserver le maximum d'eau pour faire face à de nouveaux incendies, alors que l'été approche. Dans chaque cuve, 30 m3 peuvent être stockés, une réserve non négligeables pour les pompiers qui ont souvent du mal à accéder en camion-citerne à certains sites escarpés.
L'idée était dans l'air depuis longtemps. En 2007 déjà, la communauté de communes du Cap Corse avait tenté de mettre le dispositif en place, mais les financements n'avaient pu être débloqués à temps. Cette année, le budget réuni, le projet est enfin sur les rails. En décembre dernier, la consultation est lancée, pour que tout soit livré au printemps.
Seulement voici : il y a quelques semaines, les entreprises en charge des chantiers contactent la communauté de communes. Le contrat porte bien sur l'installation de 9 cuves, mais omet totalement tous les travaux qui sont censés rendre ces cuves utilisables ! « Il est stipulé : pose de la citerne, point final », constate-t-on, un rien interloqué. Aucun terrassement n'est prévu, aucun raccordement pour les captages dans des rivières ou des sources, on a même oublié de stipuler que des ouvertures devaient être prévues dans les citernes pour y relier les tuyaux. Bref, les neuf cuves trônent, tel le monolithe de 2001: L'Odyssée de l'espace, au coeur de la montagne cap-corsine, imposantes, vides, et totalement inutiles.
Comment a-t-on pu commettre une telle erreur ? À la communauté de communes du Cap Corse, on est abasourdis. « L'Office National des Forêts est le maître d'oeuvre en charge du dossier. Étant donné qu'il a les compétences techniques requises, nous nous sommes reposés sur elle, cela semblait normal. Mais apparemment, il a tout simplement oublié de faire figurer ces travaux dans le contrat. ». A l'ONF, on reconnaît, un peu gêné aux entournures, que c'est un « couac », mais on se veut rassurant : ce n'est qu'un petit contre-temps, certes malheureux, mais qui n'aura pas vraiment d'incidence. On va faire en sorte que tout soit terminé à temps pour la saison estivale ».
De son côté, Ange-Pierre Vivoni, responsable du dossier Lutte contre les incendies au sein de l'exécutif intercommunal, est beaucoup moins confiant. Le maire de Sisco ne décolère pas : « C'est inadmissible, invraisemblable. C'est comme si vous fabriquez une porte et que vous oubliez d'y mettre une poignée. Comment va-t-on expliquer à la population qu'on a des réservoirs, mais qu'on ne peut pas les remplir ? On va se faire tirer dessus ! On avait déjà prévu de rajouter dix autres citernes pour quadriller au mieux tout le Cap, mais on est obligés de laisser tomber. Tout est repoussé... »
En effet, malgré les prévisions optimistes de l'ONF, la situation semble compromise. Dans l'impossibilité de faire un avenant au marché, il a fallu reprendre le processus à zéro. Une deuxième consultation a été lancée à la mi-avril, et en attendant les devis, les financements complémentaires auxquels devra faire face la Communauté de Communes sont estimés à près de 20 000 euros. Au final, le dispositif anti-incendies sera-t-il opérationnel cet été ? Reste à espérer que ce ne soit pas la végétation qui paie une fois de plus les conséquences du manque d'efficacité des uns et des autres.
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