| | Ce 29 avril, dans la matinée à Ajaccio, le bâtonnier d'Ajaccio, la Ligue des Droits de l'Homme et plusieurs organisations syndicales et associations ont tenu une conférence de presse. Suite à la circulaire du 7 janvier 2008, adressée aux préfets par le ministère de l'Immigration et qui a pour objet « l'application de l'article 40 de la loi du 20 novembre 2007 relatif à la délivrance de cartes de séjour portant la mention « salarié » au titre de l'admission exceptionnelle au séjour », ils ont tenu, une nouvelle fois, à dénoncer une politique d'immigration qui vise essentiellement selon eux à organiser une véritable « chasse aux étrangers », déjà en oeuvre dans l'île, au travers d'une multiplication des contrôles de police, des rejets de demandes de régularisation et des expulsions. C'est que, disent-ils, « il y a huit mois, le préfet de Corse, via le secrétaire général de la préfecture de Corse-du-Sud, était convoqué par Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, au motif qu'en Corse, il n'y avait pas assez d'expulsions d'étrangers. Il en manquait 91 pour remplir le quota exigé par M. Hortefeux au titre de l'année 2007 ». Depuis, les préfets et les procureurs ont été destinataires d'une autre circulaire, co-signée par les ministères de l'Intérieur, de l'Immigration, de la Justice, du Travail et du Budget. Intitulée « Lutte contre le travail illégal intéressant des ressortissants étrangers » elle a pour objet la « mise en oeuvre d'opérations conjointes en 2008 » qui pour André Pacou, responsable de la LDH, ont notamment pour effet « d'enrôler les fonctionnaires » dans une véritable traque aux étrangers, et ainsi « faire du chiffre » pour remplir les quotas d'expulsion.
Une liste surréaliste de métiers pour la Corse
Par ailleurs, LDH comme les organisations syndicales se montrent choqués par les listes de métiers ouverts aux étrangers pour chaque région, listes annexées à la circulaire du 7 janvier 2008. Elles seraient basées sur une évaluation officielle des besoins économiques propres à chaque région. On y découvre ainsi que la Corse aurait tout particulièrement besoin de huit métiers, de ce fait ouverts aux étrangers et autorisant leur séjour régulier au titre du travail : responsable d'exploitation en assurance, mécanicien d'engin de chantier, pilote d'installation de production cimentière, dessinateur-projetteur en électricité et électronique, technicien de production des industries de process, inspecteur de mise en conformité, chargé d'études techniques du BTP, chef de chantier du BTP. Or, indique Gérard Mortreuil, secrétaire régional de la CFDT, cette liste ne correspond en rien aux études réalisées par la direction régional du travail afin d'évaluer les besoins professionnels dans l'île. Elle ne correspond pas davantage à la réalité des emplois déjà occupés par les immigrés. Lesquels sont loin de tous correspondre aux clichés sur l'étranger furtif qui bosse au black sans s'acquitter de la moindre contribution. On peut en effet être régulièrement salarié, mais pour autant étranger en situation illégale, ainsi que le souligne Noël Zicchina, secrétaire général de l'UD-CGT de Corse-du-Sud.
Silence du patronat et des élus locaux
Mais pour les signataire du manifeste, une telle politique d'imigration choisie a in fine toutes les chances de produire l'effet inverse du but officiellement affiché quant à la lutte contre le travail illégal. Elle risque en effet de fragiliser les étrangers en situation irrégulière, de les amener à accepter n'importe quelle condition de travail au mépris de tout droit élémentaire.
Au reste, pour l'heure, si les patrons continentaux ont commencé à bouger, prendre position sur la question de l'immigration choisie, leurs homologues insulaires semblent peu mobilisés. Aussi le patronat corse est-il invité « à sortir de son silence et à dire simplement » comme l'a fait l'un d'eux dernièrement, « qu'il a besoin de ces femmes et de ces hommes dans ses entreprises ».
Le 3 avril, déjà, la LDH, le bâtonnier d'Ajaccio, les syndicats et associations avaient pris position publiquement sur la politique « d'immigration choisie » en demandant la régularisation des immigrés sans papiers qui travaillent dans l'île et la fin de la « chasse aux étrangers ». Ils avaient d'ailleurs interpellé par courrier non seulement les préfets, mais également tous les élus de l'Assemblée de Corse, leur demandant de prendre position. A ce jour, indiquent-ils, c'est silence radio du côté de l'hôtel de Région...
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