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C'était il y a un an environ. Comme d'habitude depuis quinze ans, Karine Grimaldi envoie les factures consécutives à ses nombreuses hospitalisations à la CPAM. Comme d'habitude, les lourdes sommes avancées auraient dû lui être remboursées. Pas cette fois. Raison invoquée : le fonds spécial n'existe plus. Aucun avertissement, aucune explication. Désormais, les victimes de la catastrophe devront se plier au même régime que n'importe quel malade, à savoir les remboursements de la sécurité sociale et pas un centime de plus. Le problème c'est qu'il ne s'agit pas là de simples visites chez un médecin généraliste et de quelques aspirines. La majeure partie des interventions s'effectue dans des hôpitaux ou des centres spécialisés sur le continent. Là où le bât blesse, c'est que seuls les transports bord à bord, à savoir sur Nice et Marseille, sont remboursés et que les soins ne sont pas forcément dispensés dans les établissements de ces villes. « Je dois subir une intervention à Paris, elle ne peut pas être effectuée ailleurs. J'avais un premier rendez-vous en novembre et je n'ai pas pu m'y rendre, explique Paul Calassi. En l'espace d'un an, j'ai sorti près de 4 500 euros de ma poche, je ne peux pas assumer de telles dépenses ». Paul, 68 ans, est paraplégique depuis la catastrophe. « Je ne comprends pas pourquoi tout s'est arrêté ainsi. Et puis personne ne peut nous donner d'explication. On m'a dit que la suppression du fonds avait été décidée par une circulaire ministérielle, mais quand vous demandez à la voir, personne n'est capable de vous la montrer ». Même incompréhension chez Karine Grimaldi, 36 ans, elle aussi paraplégique. « J'ai toujours été soignée à Montpellier et au Mans. Maintenant on m'impose Marseille, mais les soins dont j'ai besoin ne sont pas dispensés là-bas. Je suis donc obligée d'aller dans la Sarthe à mes propres frais, avion, ambulance, frais d'hospitalisation. En tout, j'ai déjà payé 5 000 euros à l'hôpital du Mans et je leur en dois encore 1 500. Je reçois les rappels pour les factures mais avec 1 000 ou 1 200 euros par mois de pension, je ne peux pas suivre. J'ai dû demander de l'aide à mes parents et pour le reste, et bien, je me prive. »
À l'été 1992 pourtant, François Mitterrand lui-même avait annoncé un fonds spécial « à vie ». Un communiqué des services du premier ministre datant du 19 août 1992 parlait, lui, « d'indemnisation intégrale » (le même rapport faisait aussi une priorité de la reconstruction du stade de Furiani et du remplacement de la centrale électrique de Lucciana, dont acte !)
Le plus dur pour Karine et Paul est sans aucun doute l'absence totale de considération, « À la CPAM on se contente de nous dire que l'on comprend notre situation, mais sans la moindre ébauche d'explication », déplore Karine. « Pire, depuis quelque temps ils ne me répondent même plus quand j'appelle. » Et peu à peu, le dépit laisse place à la colère. « Nous, lâche Paul, nous avons été corrects avec Marie-Paule Houdemer (présidente de la CPAM de Haute-Corse, seconde sur la liste d'Émile Zuccarelli aux dernières élections municipales), nous n'avons pas bougé durant la campagne électorale. La moindre des choses serait qu'elle soit correcte à son tour et qu'elle prenne enfin les choses en main, que l'on nous donne au moins des explications ! »
Puisqu'au niveau local, rien ne semble suivi d'effet, les victimes ont décidé, par l'intermédiaire du député Sauveur Gandolfi-Scheit, de s'adresser à Roselyne Bachelot, ministre de la Santé. « Et s'il le faut, explique Paul, nous sommes prêts à réactiver le collectif des victimes de Furiani. Dans le fond, c'est peut-être parce que nous ne sommes plus assez nombreux qu'ils se désintéressent de nous. Mais nous, nous savons que parmi ceux qui sont tombés à Furiani, il y avait des jeunes, des enfants et c'est aussi pour eux que nous nous battons car dans cinq ans, dans dix ans, si leurs séquelles se réveillent alors là, il n'y aura vraiment plus personne pour leur venir en aide. »
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