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Les Britanniques sont décidément étonnants ! S'ils cultivent l'ambiguïté à grands renforts d'articles et d'adjectifs indéfinis, ils n'en ont pas moins une idée très arrêtée sur le sexe, non des anges, mais des bateaux. Ils sont pour eux positivement féminins ! Ainsi parlent-ils de sister-ships (littéralement bateaux-soeurs qu'on préfère traduire en français par navires jumeaux) pour désigner deux bateaux identiques en tout point et issus du même chantier. Les anciens voiliers de tradition, notamment les yachts, sont pour leur part désignés sous l'appellation de old ladies. Dont la traduction française vieille dame n'exprime qu'imparfaitement l'affection, la considération voire la fascination qu'inspirent ces bateaux, respectables non seulement de par leur âge, mais aussi parce qu'ils sont emblématiques d'un certain esprit de la course en mer où l'aspect sportif et le souci d'esthétique s'équilibrent.
C'est ce Gotha de la mer que Thibaut Assante et Séphane Meil ont imaginé d'attirer à Ajaccio, en créant les Régates impériales, avec l'idée d'en faire très vite une épreuve incontournable. Un pari ambitieux car les propriétaires des vieilles dames ne se satisfont pas d'à-peu-près et attendent une organisation sans défaut, jusque dans ses moindres détails. Toutefois, encouragés et épaulés par la Société nautique de Saint-Tropez, les porteurs du projet vont le mener à bien, s'assurant au passage toute une série de soutiens (1).
La première édition, en 2003, est un succès. Qui n'a cessé de se confirmer d'année en année, fidélisant très vite les armateurs et drainant régulièrement de nouveaux participants. D'autant, souligne Thibaut Assante, que l'épreuve bénéficie « d'un plan d'eau doté de qualités exceptionnelles, avec notamment la régularité magique de l'ambata, la brise thermique. Aussi, l'épreuve a acquis la réputation d'une compétition pointue, courue des meilleurs régatiers, des vrais compétiteurs, et au cours de laquelle on se bat vraiment pour l'emporter ». Car les old ladies, sous leurs dehors précieux, sont faites pour la lutte. Autre atout des Régates une ambiance, « souvent plébiscitée par les épouses des armateurs, qui apprécient le côté à la fois détendu, bon enfant et très attentionné » qui règne à Ajaccio. Où la population n'est pas vouée à admirer de loin les beaux bateaux et les élégants yachtmen, mais peut prendre la mer avec eux en s'inscrivant à la bourse aux équipiers.
En peu de temps, cette manifestation s'est imposée comme une des épreuves-phares du yachting de tradition en Méditerranée, au côté des Voiles de Saint-Tropez ou des Régates royales de Cannes. Intégrée au calendrier du Comité international de Méditerranée elle est désormais la première course de son circuit officiel.
L'édition 2008 s'annonce comme un grand cru. A la mi-avril, déjà plus de trente bateaux inscrits, « le record étant jusqu'alors de 27 », soit quelque 400 personnes. Pour autant, « il y aura plus que jamais besoin d'équipiers locaux », car de grandes unités sont attendues. « C'est le cas par exemple de Moonbeam IV, 33 mètres, construite en 1914, qui, en course, nécessite 30 hommes d'équipage ». Moins imposantes mais en éveil de curiosité, la vénérable Marigold, 18 mètres, construite en 1892 et Rowdy, un des cinq derniers exemplaires restant de la Classe des 40 pieds du New York Yacht Club, construite en 1916. Pour la première fois, l'épreuve sera suivie d'une course hauturière Ajaccio-Antibes - « Le Trophée de printemps » - instauré par le Yacht club de France à l'instar du « Trophée d'automne » qui se dispute entre Cannes et Saint-Tropez. Par ailleurs, des barques latines vont se joindre aux vieilles dames (lire par ailleurs) et régater à leur côté. « Cela veut dire plus d'une soixantaine de bateaux au total qui vont évoluer simultanément dans le golfe d'Ajaccio. Cela promet un ballet magnifique ! » Où les old ladies mèneront la danse...
(1) La Collectivité territoriale, la chambre consulaire 2A, la ville d'Ajaccio, et les parrainages de la Ligue corse de voile, l'Association des yachts de tradition et la Fédération des industries nautiques.
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